INTRODUCTION :Je
m'appelle Jean Paul Fourgeot (aka jeanpaul EFFE). Depuis des années,
j'écris des chansons que j'interprète
sur scène parfois seul, d'autres fois en groupe. Je m'accompagne à la
guitare, à l'harmonica, au piano de temps en temps, aussi
avec un genre de sampler appelé loop-station. Je me produis
seul depuis un moment et je vais remonter un groupe. Je fais
aussi quelques photos et dessins et j'ai envie de mettre cela
en ligne
sur cette page journal que je compte alimenter de textes divers.
...Sommaire...
1° trimestre
2005
Durant
l'année 2004,
j'ai eu l'occasion de me produire régulièrement sur diverses
scènes parisiennes, la plupart du temps en solo, accompagné de
la loop station, qui faisait que seul je pouvais produire un sacré barouf
sonore plus ou moins contrôlé en accumulant les couches
de guitare, d'harmo, de voix, de percus. le résultat était
parfois très amusant, mais aussi assez bordélique et
contraignant. Depuis mes deux derniers apparitions, j'ai eu envie de
revenir à une formule plus légère où la
VOIX pourrait prendre toute sa place. En effet, j'ai réalisé depuis
plusieurs années à quel point c'était la chose
essentielle, l'élément fondamental de mon mode d’expression… la
chanson…Ca peut paraître idiot, mais il faut dire que je
me considère d’abord comme un guitariste-musicien et ensuite,
presque accessoirement, comme un chanteur-parolier. Ce dilemme doit
exister chez de nombreux auteurs compositeurs interprètes qui
se sont lancés naïvement dans cette pratique du grand écart
où l’on doit concilier les approches mélodiques,
harmoniques, rythmiques, instrumentales, vocales et d’écriture,
dans un format réduit sans que l’un de ces éléments
ne fassent de l’ombre aux autres. Ainsi, bien que j’ai
réalisé depuis longtemps à quel point la voix était
importante ( et en cela l’école française du moment « gainsbourienne » m’ennuie…)
je ne peux m’empêcher bien souvent de cacher celle-ci derrière
des tonnes d’effets et d’artifices instrumentaux, alors
que les plus grands frissons ressentis récemment m’ont été donné par
des voix puissantes, intenses, justes ; celles de Johnny Cash, de Patti
Smith, de Nougaro, de Lennon.
14/02/05 :
Dans un autre registre, je pourrais citer aussi Jane Birkin, Marianne
Faithful, Billie Holiday,
Robert Wyatt, des voix toutes aussi « puissantes » à leur
façon et d‘une certaine manière indépendantes
de leurs environnements instrumentaux.. Des voix qui feraient oublier les
musiques dans lesquelles elles se posent… Ce n’est pas si rare
en fait, je pourrais même parler de Dave , le Roy Orbison hollandais
(tant pis c’est écris). Là, j’ai envie de faire
une digression concernant le contenu de cette page : Je voudrais qu’elle
soit un espace de liberté pour moi, que je puisse y écrire
ce qui me passe par la tête, ce qui y séjourne de manière
plus ou moins confuse et vague, utiliser cette surface pour y déposer
mes idées informes, inavouées, inavouables, inaudibles, ineptes
ou inaperçues…en bref me laisser réfléchir,
respirer, délirer en direct, «en live»…Voilà, ça
doit être à cela que servent les blogs, les journaux intimes,
ce que mon ami Jérome Attal appelle faire de l’introspectacle.
Une fois que ce site existe, que je veux y faire une page journal en supposant
que j’ai quelque chose à dire (maladie du siècle) alors
il me faut assumer ce rôle et dépasser la question de « quel
intérêt ? » question qui accompagne tout le processus
: écrire des chansons, des paroles, aller sur scène, avoir
un site, me montrer, exhiber mon cerveau puisque c’est ainsi que
j’existe, puisque c’est ce que la vie me propose comme opportunités « excitantes,
désirantes, désirables ». Ah oui il y a aussi Kurt
Elling, jazz singer a la voix si suave ou Little Jimmy Smith, ce qui me
fait penser au Little Johnny Jewel de Television que j’aimais tant...
18/02/05 :
Ce soir, je joue vers 20h30 pour 45 minutes au Lieu-Dit dans la
soirée commune que nous partageons avec Florence Issac
qui signera son roman « Prends soin de tes rêves » et
Jacques Crenn qui expose ses photos « Portraits froissés ».
Evidemment, comme d’habitude ces jours là, j’ai
mal au ventre, envie de dormir, je ne vois soudain aucun intérêt à mes
chansons, n’ai aucune énergie etc…Cela croisé avec
le traitement de l’hépatite assez fatiguant, crée
un mélange particulier, comme ils le sont toujours, ces mélanges
d’états particuliers, surprenants bien qu’habituels,
ces mélanges qui font que je m’écoute, m’interroge
: Serais je à la hauteur, capable et quel intérêt
?? Et toutes ces questions oiseuses, hors de propos en fait, quand
la seule interrogation valable maintenant est : Qu’y a-t-il à faire
? J’écoute l’album Lilith de Murat et cherche
les chansons qui me parlent ; le passage étroit toujours avec
les textes abscons où les poètes nous perdent en évocations
filandreuses, désincarnées (comme dans cette phrase),
les mélodies évaporées, je cherche et trouve
sur le 2° cd : Emotion, Le contentement… Le désarmement….Elle
pleure… Si tout ce que j’aime chez Murat, c’est
Neil Young, alors autant écouter De Palmas et merde !!!…
26/02/05 :
Il faut que j’écrive,
au moins une fois cette semaine… dans ce journal… Et pourquoi
cette obligation ? Et bien parce que ce journal existe, qu’il
n’est là que pour moi (personne d’autre n’y écrira,
ne s’en occupera) un peu comme si l’on m’avait donné un
bout de jardin - comme on ferait plaisir à un enfant en lui
donnant ce qu’il demande avec insistance, pour voir après
le peu de cas qu’i fait de ce cadeau tant convoité- Donc,
cet espace existe, il pourrait rester à l’abandon comme
une web-friche, mais j’ai le désir de m’en occuper
et surtout j’ai pris un genre d’engagement, j’ai
fait une demande, reçu un cadeau et ne peux plus me permettre
aujourd’hui de négliger ces opportunités, ces engagements,
car ma vie aujourd’hui tient à ces décisions prisent
il y a bien longtemps, de manière fantasmée, naïve.
Décisions d’être…Musicien, chanteur, guitariste,
auteur, artiste…ce qu’on veut autour de ça, tendu
obstinément depuis si longtemps vers un rêve…qui,
s’il se réalise doit être assumer, un peu comme
ses femmes qui disent vouloir un enfant, jusqu’au moment où il
finit par arriver…
Donc, vendredi dernier le 18/02, j’ai joué dans cet endroit, le
Lieu-Dit, je n’étais absolument pas amplifié, les conditions étaient
on ne peut plus roots et personne n’écoutait vraiment. Ce que
m’apporte ce genre de prestation est une question à laquelle je
ne peux pas répondre, car d’un moment à l’autre,
la réponse varie…J’étais content de chanter à pleine
voix dans une relative indifférence et puis n’ayant pas vendu
un seul disque, n’ayant même pas eu l’énergie de les
sortir pour les proposer (j’avais prévu le cd studio et le live
pour 10 euros les 2) déçu de cette même relative indifférence,
du peu de cas que l’on fait du gars qui chante avec cœur, à tue-tête
ces jolis chansons et qu’est-ce qu’on en a à foutre ??… Et
en fait, ce que j’aimerais aujourd’hui, c’est faire du bruit,
avec un batteur, un bassiste, un clavier peut-être, couvrir le bruit
de ces conversations en fond, nappé cette indifférence d’un
volume sonore assourdissant, pour moi en tout cas, m’envelopper dans
ce son, me protéger de cette indifférence derrière un
mur sonore qui m’isolerait, me protègerait. Et puis j’avais
ce mal de tête avant et après et cette fatigue due au traitement,
au stress, à je ne sais quoi dont on se fout un peu franchement et personne
ne t’a demandé d’être là et de faire ça
si ça te pose un problème.
26/02/05 :
Ecris une chanson hier, enfin !!!…Quel est ce truc qui m’empêche
depuis un moment ? M’empêche d’écrire une ligne
qui me satisfasse ? Problème de fond, de forme…Quoi écrire
et comment ? Nous pauvres petits français sommes obligés
de nous poser ce genre de question, questions littéraires, francophoniques,
francophonnantes, Enfin, il me semble à moi petitauteur, le texte
est important… je n’peux pas écrire comme Djian (trop
lourd), pas comme Murat (trop courtois) ni comme Dominique A. (trop A)
ni comme Bashung… Alors comme Moi ?…Myself …I… Aujourd’hui,
j’aimerais écrire et surtout chanter comme Chris
Whitley ou Edwin
Collins… Demain, comme qui passera par ici… L’un
ou l’autre inspirant au passage le gars qui doute et questionne au
lieu de faire… En ce moment, j’aimerais «faire»,
que ça
roule et que ça coule, librement, sans entrave, sans barrière,
sans censure, sans réfléchir, écrire et jouer des
chansons comme on marche, mais ce n’est pas vraiment possible, trop
french… ...Sommaire...
2° et
3° trimestre 2005
04/03/05 :
Commencé à lire Dostoïevski à 45
ans. Tentative toujours poursuivie d’être un peu plus… de
s’élever un peu… de ne pas rester là où je
me suis posé, là où l’on m’a mis… Et
qu’est-ce que je crois ? Et que savent-ils ? Et dans cette contradiction
difficile entre celui que je voudrais être (un mec qui relis
ce vieux Dosto pour la 150°x) et celui que je suis le plus souvent
(zappant devant «seulement» 22 chaînes -même
pas le forfait king size…) dans cette tension entre 2 faces de
ce même myself, demeure quelque chose de douloureux en même
temps que de créatif et de personnel ; cette tension personnelle
qui me fait vieillir en gardant l’espoir d’être un
jour jeune et vivant et conforme à un image flou et mouvante,
une projection de moi-même dans un halo nimbé de lumière
paradisiaque- ce mec est vraiment cool – Et c’est donc
pour cette raison là que je lis Dostopovitch aujourd’hui
? Sérieusement ?? Serait il possible que je cherche autre chose
? Un genre de beauté, confusément, qui serait autre que
social où de façade ? Un genre d’élévation,
sortir de là.
05/03/05 :
Le lendemain, en voiture, revenant de l’hôpital
de Lagny où ma mère passe quelques temps, j’écoute
Chris Withley, Edwyn Collins (en boucle en ce moment) à fond et cette émotion
vive me prend encore, sentiment intense, palpitant, vibrant, une participation
tant de fois ressentie…Connaître les paroles, les riffs, les comprendre,
je ne peux pas parler de ça intelligemment, cette osmose dans une voiture,
un espace clos, le paysage défile, le mec est occupé à conduire,
distraitement en fait, en chantant à tue-tête et les voitures
défilent, les conducteurs avec leurs poses hiératiques, statufiés
devant leur volant deviennent tous soudain proches et compréhensibles
10/03/05 :
Et puis il y a eu les Victoires de la Musique samedi et tout le monde
a
regardé plus
ou moins et moi plutôt plus que moins ; en tout cas trop, trop longtemps à me
sentir nauséeux, un peu catastrophé et pas très concerné.
Est-ce qu’une chanteuse pourra jamais s’appeler Victoire maintenant
? Je n’crois pas et pourtant, ce serait un bon nom pour signer chez
Tôt ou Tard. Le lendemain Dimanche, je travaillais à Studio
Plus à faire mon p’tit boulot de régisseur et fait
du hasard, toute l’équipe des pros de Plus était là (Yann
P, Christopher B, Zaf, Phil L…) Tout le monde était mécontent
pour des raisons différentes. 4 jours après, qu’en
reste-t-il ? Rien ou à peu près, et c’est ce qui est étrange,
la réunion de tout un peuple très concerné autour
d’un événement dont tout le monde constate qu’in
fine il n’a rien à foutre ou comment nous faire prendre des
vessies pour des lanternes, des Cali et des Luke pour des Miossec ou des
Noir Désir par la simple opération d’une soirée
d’auto-marketting à laquelle personne ne peut se soustraire
; attendant un signe concret et réel attestant de la situation réelle
et concrète, à savoir, je suis dans la merde, nous sommes
dans la merde, à nous branler mollement autour d’une chimère
qu’est la Victorieuse musique de l’année…
Fin/Juin/05 : Rien écris
depuis 3 ou 4 mois. Que s’est il passé ? Le traitement
HC de plus en plus fatiguant… Principalement cela comme excuse
puisqu’il faut, même sur cette page destinée à pas
grand monde, face à ce néant inconnu de lecteurs plus
qu’hypothétiques justifié de l’inconséquence.
Je ne peux pas dire que ces jours auront été perdues.
Pas mal de choses ont évoluées ou sont en cours. Le cd
auto-prod terminé grâce à l’aide de la Sacem
; j’ai appris pas mal de choses en le produisant, comme en le
réalisant , me demande pas quoi…
2 choses : Il faut faire un cromalin avant de faire imprimer la pochette
; il faut bosser avec des pros et avoir une attitude pro, me faire
confiance
et attendre la vague en se préparant et voilà !!! Ca devient
n’importe quoi !!!…. Donc j’ai appris….espérons-
le. J’ai écris 4 ou 5 chansons, acheter du matos pour enregistrer
que je dois apprendre à utiliser maintenant, fabriquer (avec la très
grande aide de « Fred-le-gars-de-la-maintenance-de-Studio-Plus »)
une belle boite pour mes effets, suis entrain de me remettre doucement…doucement
sur les rails chaotique de la prospection-promotion-production de ce grand
artiste méconnu, je veux parler de moi-myself-aie-bibi Jean Paul Effe
en personne. Car eh oui, il est là ce soir parmi nous et vous dit « Bonsoir… »
Juillet 05 : « Once i was...but when
will i be what ?. Naviguant entre Tim Buckley et Badly Drawn Boy, je cherche
un chemin…Je tombe sur Springsteen "Highway Patrolman" Nebraska
je crois, et cette incertitude due à mon manque d'implication, de
préparation me montre....Et pourtant je travaille, mais la tête
mal faite occasionne une dépense d'énergie vaine et
inconsidérée
Acheter un préamp à lampe Présonus Bluetube aujourd'hui,
après divers achats ces temps çi pour registrer à la
maison, tout ça avec de l'argent que je n'ai pas, pour accumuler du
matos que je ne sais pas utiliser Le but étant bien sûr de maquetter
ces nouvelles chansons que j'accumule elles aussi et doncça, "ça
passe ou ça casse" bien sûr et il va bien fallor que ça
passe et je traine et diffère le moment de m'y mettre comme si devant
l'épreuve, l'obstacle, je ressentaisle
besoin d'acheter 10 paires de chaussures avant de sauter
Eté au
concert du ShuffleGeorges ce
soir. je suis arrivé au dernier couplet du dernier morceau, après
avoir zoné ds les embouteillages. Je voulais aller voir Soft Machine
au New M., impossible d'y rvenir. La
bande de Georges était là, et moi
qui n'ai jamais fait partie d'aucune bande, j'étais là aussi.

Ce
gars là, c'est Georges donc, grec d'origine, parisien d'adoption,
comme dans Burroughs," Georges le Grec"; il n'aime pas ça
du tout qu'on rappelle son origine, mais , who cares ? il est le 1° à le
dire. Accessoirement, c'est aussi un peu mon guru-dealer de musique, car
en fait, pourquoi ne pas l'avouer, je ne sais pas quoi écouter de
neuf où même d'ancien la plupart du temps, et écouter
de la musique régulièrement (pour ne pas dire quotidiennement)
demande "un certain effort", alors des cures régulières
de "Zorzes" sont assez révigoantes, tonifiantes, car ce
mec de 50 ans + ou - garde une énergie rare, sans parler de ses
talenst de guitariste, singer-song-writer. Et puis
aussi Ria de Spell, Riaki !...Des gens présents dans ma vie depuis
si longtemps maintenant, les seuls, aimés et négligés
bien sûr, comme toujours..
17/07 :
Concert de Télévisionce soir, mauvais
comme d'habitude. Ce groupe a-t-il déja fait un bon concert ? A chaque
fois c'est pitoyable, et pourtant j'y retourne et j'espère y être
la prochaine fois, par respect pour le guitariste, auteur-compos qu'était
Tom verlaine, les quelques chansons et solis brillants et ce son que j'adore,
le toucher et le mélange des 2 guitares. Croisé Daniel D. que
j'ai soigneusement évité. Je n'avais pas l'intention de rencontrer
quiconque, bien ancré dans cette idée pas neuve certainement,
qui est que le groupe nous rend superficiel et que cela s'exprime principalement
par l'arrogance, la suffisance, la méfiance, la fausseté, l'hypocrisie.
Dis comme cela, la mysanthropie semble plus facile à porter, car si
nous sommes tous des cons assoifés de paraitre, de briller et de dominer
dés que nous sommes plus de deux, cela ne m'exclut pas plus que les
autres, et au moins mon exclusion est volontaire. Je me suis donc trissé vite
fait, me suis retrouvé à Bastille à manger un sandwich
assis sur une borne, tout seul au milieu de la foule de mes congénères
habité par ce sentiment d'étrangeté, d'isolement si
familier auquel je n'ai jamais trouvé aucune réponse autre
que le repli et la rumination pour ne pas parler de ressentiment. Et c'est
pour cela que j'aime tant Tom Verlaine, flippé, maussade, en plein
TOC avec son accordeur. le gars s'accordait avant, après et même
pendant chaque morceau.
Depuis deux jours, mon matos est installé et fonctionne à nouveau,
enfin...Dans une belle boite en bois , un pédalier fonctionnel et rapide à installer
qu'on a fabriqué avec Fred. J'ai noté tout les réglages
avec du stylo-peinture blanc sur chaque pédale, normalement, ce devrait être
plus simple et efficace d'utilisation, voir carrément optimisé !!!...
J'ai croisé Yan P. pendant que j'essayais ça à St +, lui
ai demandé de l'aide pour voir le son, et tout de suite, ça pose
problème, le mec casse, petit tour de chauffe, échange de vannes.
Ca peut pas être simple, juste un coup de main ? Il faut la rivalité,
se toiser, la concurrence. Ah oui tu fais ça ?Mouais ...Fais chier tout ça,
ce jeu à la con, casse-toi de là Jean Paul, dégage vite
fait de ces ambiances moisies ou l'on commence par voir qui à la plus
grosse "guitare" avant de daigner s'intéresser. Ouahhh !!!...
C'est bon de l'écrire... Demain, je pars en vacances 15 jours, va-t-on
réussir à recoller les pots cassés avec Claudia ? Parfois,
je me dis que j'ai été trop loin, sans pouvoir faire autrement
d'ailleurs ( Me comporterais- je pareil demain ?Oui, y'a des chances) Les demandes,
les attentes, les frustrations, les désirs inassouvis, l'assouvissement,
l'asservissement. Au plaisir, à la famille, aux enfants, au travail,
aux attentes, aux désirs ... A bientôt.
Sept 05 : C'est
la rentrée, je fais la gueule. Quelles nouvelles ? Je me casse
la tête sur mon magnéto 16 pistes ( Roland VS 1680) Une
vrai plaie à utiliser, mais un résultat prometteur si
je m'y attelle assidûment. Lentement je progresse là dessus,
dans le noir complet bien souvent, au hasard, au prise avec une logique
qui m'échappe, et puis la tendance à faire un peu n'importe
quoi, des boeufs informes sur un accord, plutôt que mes chansons.
Donc je vais lentement et pesamment comme souvent, mais ne lache pas
l'os. Sinon, beaucoup de mal avec la promo de mon album. j'ai 500 exemplaies à la
maison et ne trouve pas le courage de m'atteler à la tache.
Difficile de tout faire...
...Sommaire...
4° trimestre 2005
Octobre
2005 :
Ce qu’il faut dire : La rentrée,
c’est Mc Cartney qui fait pleurer avec ce disque maggnific, acceptant
de se laisser mettre en danger par son réalisateur, de jouer un jeu,
faire confiance à un regard extérieur, lâcher ce qu’il
croit vouloir et/ou savoir pour se lancer dans une sorte d’aventure perso
qui consiste à jouer tout les instruments lui-même, se mettre
en danger pour sortir au final une somme de chansons, toutes aussi touchantes
et émouvantes les unes que les autres. Je n’en ferais pas le détails
mais j’adore cet album, ce qu’il me fait, ce que ce mec me fait,
savoir qu’il existe une continuité, comme un fil conducteur entre
mes 9-13 ans quand j’écoutais le double blanc et maintenant xx
ans après et que le fil ne s’est pas rompu, que la magie est toujours
là, le magicien toujours vivant, c’est … magique, et ça
rend cette émotion magique aussi, le fait d’exister et de ressentir
cette continuité, car il n’ya pas tant de choses du passé qui
me font encore vibrer et la possibilité de raviver, réactiver,
réactualiser les émotions, leur intensité est plutôt
rare… Peut-être que je parle comme un vieux qui a envie d’être ému,
vérifié que ça fonctionne encore…la libido artistique,
cette fibre jamais très sure, très assumée pour moi. Ce
qui est moins bien, dans le même ordre de temps, c’est l’album
des Stones « A bigger bang « qui sent le viagra (qui ne sent ni
la rose ni le bleu…) Voilà une question : Comment faire avec la
testostérone à 60ans passé ? Autrement dit : Si Hey Hey
Mama Rock’n’roll will never die, est-ce vrai des rock’n’rollers
? les Stones veulent peut-être mourir en scène, mais si leur rock
mourrait avant eux ? Hey gars, ça fait déjà longtemps … Ah
oui j’ai du m’endormir avec eux, me faire endormir aussi par tout
ces journaleux à peine plus vieux que moi qui ne veulent pas voir le
frisson mourir car alors nous serions morts aussi et ça ne serait pas
Only Rock’n’roll. Alors voilà Mc Cartney me donne envie
de pleurer, de sourire, de fondre et de mourir aussi et les Stones… me
donnent envie d’écouter Mc Cartney et de la pop, de la pop, de
la pop, car si le riffeur est fourbu, le mélodiste lui garde intact
sa capacité à émouvoir. Bon il y a aussi le vieux Neil
Young qui sommeille tranquille et donc il n’y en a que pour les vieux
ici, les vieux et les bigs. Et oui, ça doit être l’effet
VirginMéga, acheter ce qui sort, les pointures…. A part ça,
envois de cd et refus… le Mouv me refuse encore, pas grave… Néo
va faire pareil aussi je suppose, France inter pas de news, ni Oui FM bien
sûr, pas plus qu’Alligre… faut il se rendre à l’évidence
? Naaaannn !!! Continuer sinon quoi ? Devenir un vieux cheval comme les Stones
mais sans les stades ni les dollars.
A chaque fois presque que j’écoute « This never happened
to me before « de Macca, je me retrouve avec la main sur le cœur,
doigts bien écarté pour ressentir dans cette région l’organe
qui bat, c’est un geste instinctif, bizarre, ému…. Je repensais
aux nombreuses fois où j’ai croisé Patrick Eudeline dans
la rue, aux concerts… La 1° fois, c’était en 77/78 au
centre Culturel de Chelles, nous, je venais de tomber dans le punk et je n’y
comprenais rien. Tout avait durci autour de nous et la vie qui ne me semblait
déjà pas facile devenait franchement sombre et glauque. Au sortir
de l’adolescence, complexé et ignare, plein d’espoirs, d’envies,
d’attentes confuses, d’envols incertains, je dérapais dans
le bruit aigre, dans l’obstination ravagée, accompagné dans
ma confusion de fumeur de joint, de gobeur d’acides, de post-baba à peine
sorti de Mahavishnu-Franck Zappa-Maxime le- toi le frère que je n’ai
jamais eu- Forestier, accompagné par une explosion de fuzz et de chaussettes
fluo, à plat dans la réalité, le mauvais goût et
dans cette banlieue tout changea très brutalement. Il, n’y eu
plus de retour d’Inde et de Shitral, plus de crédulité et
de fair-play post hippies, plus d’utopies communautaires et tout explosa
brutalement, silencieusement, bruyamment mais sans avoir l’air surpris
surtout, car il ne fallait pas s’étonner de voir Lou Reed en rock’n’roll
Animal, Iggy en iguane rampante, Rotten en succube hilare, Strummer en damné postillonnant-
vociférant, alors que l’année précédente
je rêvassais en écoutant Gong ou Soft Machine. Il ne fallait pas
s’étonner quand brutalement j’étais ramené dans
une réalité que j’ignorais que je côtoyais de loin,
celle des Hells de Noisy, celle du grand Patrick qui avait ramené 3
kilos d’Héro d’un trip en Thaïlande et qui l’avait
planqué sous son lit, chez sa mère et ce mec de 2 mètres,
taillé comme un parachutiste, les cheveux courts et blonds commença à maigrir
et à rester coucher sur son lit pendant qu’un ou deux potes dealait
pour lui et le dealer de tosch s’y mit aussi et tout bascula, l’hiver
qui n’était jamais très loin dans la banlieue est nous
rattrapa franchement, l’automne n’avais jamais paru aussi gris
et l’amour était à chier et tout sombra dans un crépuscule
désespérant où les seules couleurs encore visible étaient
celles des chaussettes fluo des Clash sur leurs premières photos noirs
et blanc des banlieues Thatchérisé de London et aussi les lueurs
vertes des croix des pharmacies où le Néocodion, la Codétyline
Houdé et tout ce qui démocratisa l’univers élitiste
de la junkitude post-romantique nous attendais, pour plus tard, dans pas longtemps.
5 ou 6 ans maxi et tout serait plié.
En voilà une tirade mon gars. J’ai toujours rêvé d’écrire
dans un magazine de rock au coté de Manœuvre, Blum, Eudeline, tout
ces cons hystériques et pédants qui tiennent leur culture comme
un bouclier bionique. Et puis j’ai « choisi » autre chose,
une normalité de façade qui était en fait la seule voie
possible, faire des enfants quand on ne sait pas quoi faire d’autres
; une facilité qui est la normalité, le modèle du genre,
grossir au lieu de grandir, se retenir par peur d’être et ignorance,
manque d’envergure et d’ambition. Autant de mots sensés
d’écrire l’impression de racornissement, de rabougrissement
qui m’anime depuis si longtemps, ces désirs et les sensations
d’impuissance qui les accompagnent toujours, colle, coutures et chevilles,
assemblage artisanal, à l’ancienne.
Novembre
2005 :
J'ai l'impression de relire Anne Franck :" bonsoir cher journal"...
La vérité est que ma prétention à vouloir écrire,
rédiger un journal, alimenter un site en productions artistiques
foisonnantes est souvent battu en brèche par ma paresse et un
sentiment de vanité. Je crois que j'ai déja écris
cela, en tout cas, j'y pense souvent. J'aimerais bien écrire qques
anecdotes, dire ce que j'ai vu (Broken Flowers, un bout de Cannibal Hollocaust,
Scanners, le Wim Wenders...) lu (les Mots, Nick Toshes,Houellebecq ?
Conventionnel, vain, inutile, ( et hors d'usage ) J'ai entendu parlé...
de quoi ?
Il s'agit simplement de reprendre, recommencer, ne pas cesser, découvrir
et prendre plaisir à occuper mon esprit et mes doigts, avoir le sentiment
de FABRIQUER quelque chose, quoique ce soit, agir pour me sentir vivre, remuer
des idées, des phrases, des mots comme on agite la tête en tout
sens et il finit par se passer quelque chose. A un moment, le sentiment de
faire un truc, produire un truc ; l'air que je respire se transforme en quelque
chosqe de concret. Donc reprendre cette habitude et en perdre d'autres ( tv,
radio, porno...). Afin de... Aujourd'hui 25/11, j'ai commencé un enregistrement
pour Stéphane B. laborieux... j'utilise ce matériel que j'ai
déja depuis plus de 6 mois alors que je voudrais m'en servir les doigts
dans le nez et les mains dans les poches ; mais ça
demande une longue pratique, des efforts et blablabla, j'ai envie de mettre
le booster, ça va venir, Patience... et travail ....Ce soir Daniel D. à l'auditorium
du Louvre, coucou Daniel !!!
Décembre
2005 : " C'est
l'hiver, la lune est de travers et les enfants sont à l'école.
Il y a une certaine violence sociale qu'on leur impose dés 7 heure
du matin, une violence dont on cherche à se débarrasser plus
tard à l'age adulte, car l'école laïque est obligatoire
et longue et c'est pour mieux te manger mon enfant, et le chômage
sourit à tous, tout ces enfants auront ils envie de bosser de 9h à 17h
puisque le travail est un droit (comme l'école est obligatoire...)
Il y a une certaine violence sociale, il y a une certaine violence sociale,
comme un mantra. All we have said is give peace a chance... Spécial
Lennon dans Rock et Folk et au milieu d'un fatras de conneries redondantes
et inutiles, un article délirant, ésotérique sur les
trajectoires latérales et perpendiculaires de K.Dick et de Lennon,
du Walrus (was Paul) et du maître des Substances Mortes et comme
j'ai adoré les deux, je me sens éminemment consterné.
En 75, quand K.Dick devint fou, à force d’avoir trop poussé la
porte de son appart envahi par ses amis speed freaks et écrivit
Siva, son roman le plus auto-biographique, Lennon alors suite à l’expansion
maniaque des Beatles revint à la réalité avec le Plastic
Ono Band et nous dit « The dream is over, what can I say ? » Ca
fait donc 30 ans que le rêve est fini, que l’on court après
et qu’il n’y a plus rien à dire. Il ne nous reste que
le style, la forme et ça m’a toujours fait défaut.
En 75, nous étions nous aussi au bout du rêve (je n’avais
que 17 ans), tout ce qui constituerais les idéaux pour les 30 années à venir
avait été dit et fait. Lennon avait pu dire ce qu’il
voulait et chevaucher brillamment la vague, mais à nous il ne restait
plus qu’à fabriquer des ordinateurs et des sites Internet
pour véhiculer la vacuité. Plus rien à dire, et il
faudrait s’en contenter...
Une fête clean : kézaco ? Une fête où l'on tente de s'amuser, d'avoir
du bon temps, du good time, du fun, sans s'éclater, sans se défoncer, sans
s'ennivrer. Comment est-il possible de rester clean en toutes circonstances
? Comment, nous ne le savons pas mais nous le faisons, un certain nombre
qui essaie de rester la tête hors de l'eau dignement et qui y arrive plutôt
bien ; apprendre à nager avec les pieds tout en devisant, gaiement si possible,
sans trop s'en faire, la tête au repos et les jambes qui s'exerce pour
rester à la surface du flot. Accepter de ne pas être trop léger, de ne
pas flotter, ni couler, ou quelquefois plonger la tête sous l'eau, s'abandonner
un instant, au silence, au rien à dire, se sentir vide et hésitant, ne
pas planer, ou si peu et c'est ok. Pas particulièrement subtil, remarquable,
intelligent, juste soi-même, c'est à dire, rien de très précis, un espace
allouer qui s'appelle Jean Paul, dans lequel je n'me sens pas particulièrement
à l'aise, ni confortable, mais c'est ok, ça peut aller, en fait, ça va
; une bonne soirée.
Fin Décembre :
Nous sommes en pleine période de fêtes n'est-ce pas ? C'est
bien ça
hein ? C'est un fait, c'est les fêtes, ne vous en faites pas pour
les fêtes, elles se font et se feront même sans nous ; insensiblement
nous passerons
d'une année à l'autre, il y'aura bien sûr les 12
coups de minuit et je tenterais d'apercevoir ce qui se passe alors, le
rayon
vert, quelque chose
de particulier,
un truc spécial, faire un voeu comme quand on voit une étoile
filante, sentir quelque chose qui se termine, quelque chose qui commence,
comme
la 1° lueur du soleil à l'aube sur l'océan et le dernier
rayon, pouvoir arréter le temps à ce moment là précisémment
, ralentir l'image, revenir en arrière, la refaire la scêne,
l'année, ou juste la revoir, ce qui n'est
pas possible, alors à quoi ça sert de célébrer
ce changement qu'on ne peut pas vraiment voir ni saisir ni même
envisager tout à fait. Il n'y a pas
de répétition, on ne la refera pas... ...Sommaire...
1°
trimestre 2006
01
Janvier 2006
: Pourquoi donc ne puis-je
rien saisir de ce qui
passe ? Une année, un moment, une image et conserver des souvenirs,
comme dans
des bocaux, des confitures à déguster plus tard ; et pourquoi
ce sentiment, ce
désir m'inspire t-il plus de répulsion que d'envie ? Pourtant
mon manque de mémoire
me gène le plus souvent, et je crois être victime d'une paresse
cérébrale, une
déficience, mais peut-être que me souvenire m'ennuie, peut-être
que je n'y vois pas d'intérèt autre que collectionner comme
dans une boite,
dans une armoire des instants du passé pour les vieux jours, ceux qui
s'approchent et que
je ne veux pas voir ; ne pas se remémorer le passé pour ne pas
envisager
l'avenir, ou peut-être s'agit-il encore d'autre chose que j'ignore, ne
comprend ni
ne veux savoir
J'étais donc hier soir à cette fête
anonyme, avec un talent show forcémment misérable et sympathique,
où encore
une
fois
je me suis retrouvé à jouer un de mes morceaux dans un climat que
je qualifierais
de "peu propice", et ce qui pourrait sembler intéressant après
15 ans de pratique, ce serait de ne pas en faire une maladie, d'avoir un peu
de détachement, ok,
j'essaie, un petit effort et hop, rétablissement...une traction, une flexion,
et...ne surtout pas lacher prise...J'y ai croisé cet Oli, nous avons échangé cartes
et mail et son travail graphique me semblant proche de Basquiat est magnifique http://www.oliperson.com et
cet
autre Olivier, bassiste et incurable et avec Philippe nous avons tenté de
jouer
nos deux chansons dans un brouhaha diffus, avec un son déplorable, dans
cette
atmosphère confuse et nous n'étions pas très à l'aise à se
demander ce que nous
faisions là et peut-être que cela ressemble à ma vraie vie, à savoir,
la plupart
du temps, qu'est ce que je fous là ?
07 Janvier 2006 :
Ayant
touché 290€ de la sacem cette
semaine sans m'y attendre, je me sentais le plus heureux des hommes, et puis
j'appris que mon voisin Roger Kom, saxophoniste réputé et personnage
très sympathique
avait lui reçu 1500€, je me suis sentis alors un misérable
escargot. Peut-on
vraiment se réjouir de toucher si peu d'argent pour un si ardent travail
? Oui,
on peut, on peut... Sachant d'où je viens et comme je m'envisage la plupart
du
temps,
je prend cela comme une victoire et un encouragement, je me dis l'année
prochaine
il faudrait recevoir 10x cela. Rève... mais : "C'est dans les rèves..." L'argent
comme reconnaissance ? Et oui bien sûr... Les autres seraient différents
??? S'ils le disent.... Et puis arrive le week-end, les enfants, la maman, la
galette,
la tante Marie-Madeleine qui meurt, la dernière des tantes et oncles,
il ne reste
plus personne des générations précédentes, c'est à nous
maintenant. Ah si bien
sûr, il reste ma maman 85 ans dans un mois, et je ne réalise toujours
pas que je suis un adulte, que je n'ai qu'une vie qui un jour finira. Peut-être
parfois en regardant les enfants.... Aurais-je aimer comme Musset mourir à 30
ans d'épuisement ? La romance mon pote, la romance de la vie, la romance
de la
loose, la romance de la mort. Ce vent frais ressenti parfois, effleuré par
des
bouffées de talents, des étincelles brèves et fugitives
d'ardeur et de foi mélangées,
tout cela passe, est passé ... "Je le regarde et je l'attend..." La
seule
chose qui compte, c'est le travail !!!
Février 2006 : Cortège de grippe,
laissez
passé !!!... Hier j'étais programmé sur onelaradio.com ;
je
l'annonce aujourd'hui, à mes 69 visiteurs... Ca doit être une de
mes conceptions
de la Classe Vénéneuse des Loosers Magnifiques ; catégorie à laquelle
j'essaie
désespérement d'appartenir tout en restant tranquille dans le 19° avec
Femme,
enfants, poissons rouges et chat. Ce qui est difficile, c'est le côté "magnifique"
bien sûr. Looser, il suffit de se laisser aller ; magnifique il faut travailler
et en profondeur, façon 19° (siècle) Absinthe et tremblements,
vertiges, rales et suffocations. Il ne suffit pas du petit malaise blanchatre
de bobo mal luné,
il faut du Noir, il faut connaitre Patrick Eudeline et pas que de vue, pas qu'un
peu ; il faut avoir bu l'eau saumatre, noirâtre de la déchéance
codéinée et S'EN
ETRE RELEVE, même à genou, surtout à genou, il faut avoir
un pied sur le trottoir
et l'autre qui brise une glace, formé cet angle bizarre, plutôt
classe, pour
la vie... entière... et rester sur un pied toute la vie, c'est pas facile
mon neveu, surtout après 40 ans, il ya des crampes. Et les autres s'en
foutent
: "Reste debout Machin t'es Magnifique, beau comme un flamand rose à l'entrée
du zoo, ne meurs pas, pleures on te regarde, c'est beau, on prend une photo,
bouge plus !!!..." Et pendant ce temps là, je n'écris pas
une chanson. Bon je
ne parlais pas de moi bien sûr, trop timoré, pas assez brave, mais
de ceux qui
survivent encore, il parait qu'Olive de Lili Drop vient de mourir, "Sur
ma mob..."
Je suis bien, et puis je vieillis et ça fait chier, je suis moins bien,
et je crains des fois que ces connes de voitures prennent le dessus, alors je
raconte
un peu n'importe quoi, parceque magnifique où pas, je n'veux pas juste
vivre,
je veux aussi et surtout exister, ce qui veut dire avoir la liberté et
la responsabilité
de déterminer ma place parmi les autres-vous...Tadadam...(et
l'existentialisme
est un humanisme a dit... je ne sais qui, alors je pense à un sentiment
de bienveillance
qui m'anime parfois, un genre d'équanimité dont la fâce cachée
serait un genre
de distance amusée et condescendante complètement intenable...
) Alors je vais
aller me coucher ou passer à autre chose.
13 Février : CE
QUI ME FACONNE VRAIMENT, CE SONT LES ANNEES,
LES ANNEES MARTEAUX ET LES ANNEES
PELLES, LES ANNEES PINCEAUX ET LES ANNEES TRUELLES ...
Samedi
11 : J'avais rendez-vous à 9 h. du
mat. au Trianon, bvd Rochechouart pour une
grosse
journée
où j'étais embauché comme road-backliner...
pour le concert
de Marie-France, égérie yéyé des 25 dernières
années. Je ne connais pas
bien Marie-France et à vrai dire, je ne connais pas bien le boulot pour
lequel
j'étais embauché. A 9 h du matin, il y a là Piéro
l'indien qui m'a embauché et
me présente Johnny l'autre road, un cador. Piero est le genre de mec méga-cool
qui fume ses joints tranquille en assurant mollo mais présent, pas le
gars stressé
et hyper concerné comme on en rencontre tant. Déchargement et montage
du son,
qu'est-ce que je fous là ? Sentiment d'incompétence que je compense
par bonne
volonté et honnêteté : je suis là en dépannage,
besoin de thunes, pas un pro, pas un manche non plus. (A la finale, je crois
que j'ai assuré le boulot et fait
l'affaire...) Le montage du son et la matinée avancent tranquille ; termes
techniques,
je plane un peu mais ça va, l'important est
de ne pas
vouloir paraitre ce que je ne suis pas et de ne pas me sentir mal ou pas à ma
place - cet important là n'est pas facile à atteindre - Petite
ballade à Pigalle
le matin avec Piéro, repas de midi seul après avoir fait le tour
du quartier
à chercher, heure de solitude, érrance, hésitation. Ces
moments de solitude et
d'isolement sont effrayant, j'exagère à peine. Retour au Trianon,
arrivée du
backline, installation, trouvé ma place qui me parait flou entre son,
backline, road...Un peu tout, un peu rien, arrive Daniel D. je n'ose pas le saluer,
me
cache... Cette timidité, mélange de fierté et de de peur
que j'aurais du mal
à analyser aujourd'hui mais qui m'empêche d'aller saluer ceux que
je connais
(Yann Péchin aussi qui se démènera toute la soirée
dans un rôle improvisé de
régisseur-plateau), j'y ressens une part de honte d'être là comme
road, jalousie,
comparaison de ne pas être sur scêne, sous les lights, vieux sentiment
d'inadaptation,
de ne pas me sentir à ma place, méconnu, ignoré, bref, ce
sentiment de décalage
perpétuel
entre ma condition, ce que je voudrais qu'elle soit et l'incapacité à me
porter, me supporter, m'auto-soutenir. Cette modene maladie qui vient de cotoyer
les
idoles, les veaux d'or - les regarder, leur parler plus ou moins, grraviter autour
et en être retourné. Plus tard, j'ai échangé 3 mots
avec Chrissie Hynde, studieuse dans son coin qui essayait d'apprendre le texte
français qu'elle devait
chantre en duo acec M.F et déplorait son accent français médiocre
; c'est pas
grâve lui dis-je, c'est un charme, c'est un façon de voir me répondit-elle,
je
n'osais pas lui parler de cette version de "She (sure could sing) de Gram
Parsons
qu'elle
fit
avec Emmylou Harris, une des choses les plus renversantes que j'ai pu écouter,
un mélange frissonant de 2 voix féminines tellement magnifiques,
totalement beau,
habité, à pleurer... Lui parler de ça, déja vieux
peut-être, pas actuel en tout
cas, à ce moment là, qu'est-ce que ça aurait pu lui faire
? (mais les gens aiment
toujours les compliments, mieux, ils en ont besoin, même s'ils ne savent
pas
toujours comment les recevoir ou les prendre...) Parlé brièvement
avec Daniel,
je ressens toujours avec ce gars comme un sentiment d'intimité, de proximité,
quelquechose qu'il doit véhiculer (Daniel à mi-chemin entre agent
de proximité
et ambianceur Zairois mais en blanc et malade !!! ) Une forme d'humanité dont
nous
parlait Higelin plus tard dans la soirée quand il prit le temps de converser
longuement avec nous les techniciens, nous parlant de Gainsbourg, Ferré,
se
faisant reluire gentiment en étalant sa bonhomie sympathique, sa faconde
d'artiste
accessible fâce à ce parterre de tech-sons en t-shirts noirs l'écoutant
plus
ou moins bouche-bée, Tonton Jacques nous parlant des Maitres, ses égaux,
et moi
je voulais savoir s'il était vraiment né à Brou-sur-Chantereine
et par mes questions
accaparentes me hisser à son niveau, sortir de ma place ; comme cet exercice
d'équilibre est délicat quand on ne sait jamais trop comment se
situer. J'ai
quand
même garder à l'esprit au cours de cette journée la perspective
bonne de ma présence
là ; pour un boulot imprécis mais chargé au milieu d'une
foule de vedettes et
d'artistes divers. Moi-même, musicien plus ou moins honteux, pas
là pour ça
en
tout cas et tant mieux (?) Trois mots à Bashung, sympa, timide, simple,
attentif
à ce que mon boulot soit fait, accordé les grattes, donné sa
bague à M.F.
et finalement plié et remballé tout ce matos, trouvé 5
cocas
pour les gars, finir crevé mais payé à 2 h du mat cette
journée longue mais plutôt
harmonieuse dans son déroulement et son ambiance. Tout le monde plutôt
attentif
à moitié bénévole au service de cette Marie débordante
de
glamour charmant, humain, spirituel et simple, comme une trace vivace de l'esprit
yéyé et show-bisous de ces 25 dernières années.
Mars : Merde nous sommes déja en mars, mois
de la guerre et du carême, je vais
faire les deux, partir en concert d'abord, comme à la conquète
d'un espace vital pour que survive jeanpaul EFFE et son oeuvre (tatatam...!!!)
et puis le carême,
seul rite catholique en phase avec cette époque de minceur chronique.
Comme je
sens
que je fais du lard-plus, de l'art-moins et que je me rève encore en artiste
tuberculeux et haschichin, je vais donc recourir à la cure anorexigène
consistant
à se peser chaque matin, à manger des crevettes et du soja, à serrer
ma ceinture en caressant avec une allégresse attentive la possibilité
d'atteindre
le cran suivant, de laisser derrière ceux qui ont usés le cuir
durant l'hiver
Concert Vendredi 10
mars, j'y étais...je ne vais
pas beaucoup aux concerts...Là
j'y étais, inoubliable....2 jours après, retour de kick, kick ça
intéresse
?...Que se passe-t-il dans cette tête, avant, pendant, après ? Avant
je m'excite
pour un évènement dont le peu de retentissement est quasi certain,
mais qu'on
ne peut négliger en aucune façon, autant dire que je m'excite pour
rien, à vouloir
faire les choses SERIEUSEMENT, TRES SERIEUSEMENT même, merde, si je pouvais
faire
les choses moins sérieusement, si je pouvais m'en foutre.... mais je n'peux
pas....
Pendant aléa technique, aléa jacta est (?) organisation défaillante,
pérave même,
grave, et qui qu'assume ces conneries ? bibi bien sûr, le bon con fait
les
bons
amis? balance alors que le public est déja dans la salle, et il faut trouver
qq'un pour faire la caisse et toute ces merdes polluantes, et j'arrive, un peu
de monde est venu, l'occasion de se faire un peu de public, mais tout ça
me parait tellement branque que j'ai envie de me confondre en excuse (ce que
j'ai fait,
qu'il ne faut surtout pas...) Après euphorie, fatigue, déprime,
encore un coup
foireux....un plan naze Eh oh Caliméro, ca va ? Euh....Venez voir le prochain,
ça sera vachement mieux. Moi y'a un truc que j'oublie toujours c'est que
c'est
rien que des chansons, c'est pas ma tête que je joue là, quoique
?!! L'important
serait de bien chanter, y mettre son coeur, complètement et oublier le
reste.
Eh oh Caliméro, ca va ? Euh...
Fatigue ce soir, et sentiment d’impuissance, des sentiments qui gentiment,
m’accompagnent depuis si longtemps. Pas la peine d’en faire un fromage,
ni d’y consacrer une ligne. Je vais plutôt regarder la télé et
lire Houellebecq, ce con m’a encore pris dans ses filets comme des milliers
d’autres petits poissons sans doute, et il devrait apprécier j’imagine
que je l’appelle affectueusement, ce con, ce connard, cet enculé.
Voilà un homme que l’on aime détester car il nous montre
ce que l’on ne veut ni voir, ni savoir, ni entendre et quand il nous montre
cela, on est obligé de dire : « Ouaaaais, ce con a raison !!! » Allez
Télé !!!…
Concert
le Mardi 21 mars Ce besoin
d’encouragement
névrotique,
do you love me ? do you love me ? do you love me... do you love me
do you love me
do you love me doyoulovemedoyoulovemedoyouloveme????
Faire un concert et attendre quoi ? « Mec c’était
génial, vraiment génial, putain de génie, hé les
mecs, visez moi ce putain de génie, là debout sur la
table, brillant d’une lumière divine, L’EFFFEE...
Dingue « Est-ce que j’exagère ? Pas tant que ça
en fait, ces attentes, quoique j’y fasse polluent l’air
et peuvent suffoquer, faire tourner la tête, perdre la tête,
hocher la tête, baisser la tête, blesser la bête,
baiser la tête
24/03 Manifs
et violences sociales, raciales.... A chaque fois, redécouvrir
un monde et me dire que je fais mieux de regarder mes chaussures
et le sol à 3 mètres devant moi pour ne pas marcher dans
une merde, parce que, je n’y comprend pas grand chose... les
jeunes veulent du travail, un appart, une voiture, ok, si l’on
a le ventre vide, pas de portable ni de dvd, on ne peut pas regarder
de l’avant, car mon monde comme le votre est saturé de
besoins puissants et irrépressibles, Microsoft, Sony, Renault,
Nike, tous ont tellement bien bossé qu’on a fini par
comprendre qu’in n’y a point de salut hors la fuite en
avant... Le train ne s’arrétera plus maintenant, on
le sait, plus d’utopies, de naïveté, une seule
loi pour tous, un portable, l’Adsl, un appareil photo numérique,
la trilogie Star Wars, le dernier Mac Cartney, ou 50 cents (c’est
pareil) l’expo machin, le concert des Trucs, de la thune, de
la thune, de la thune, de la thune, de la thune, de la thune, on
pleure aujourd’hui
pour la thune, ça nous prépare à pleurer demain
pour l’eau... ...Sommaire...
2° trimestre 2006
Avril :
Pourquoi je n'aime pas Avril ? Y'a-t-il un mois plus frileux, plus peureux,
anxieux et douloureux sous le fascisme
ambiant du Printemps où tout doit bourgeonner en même temps.
Aucune autre période ne nous impose une telle explosion unanime
de pollens, de chaleurs larvées, de froid inversés, fébriles
et transpirant. "Que faire au printemps ? regarder, ressentir ce
mouvement lent et douloureux de temps en temps" . Cocteau décrivant
un sevrage dans son livre Opium compare la décroche au Printemps
où toute sève envahi le corps rabougri des arbres endormis
pour l'hiver. Qui a vraiment envie de sortir de l'hibernation ? A moins
de le faire par pure nécessité, pousser par la faim, le
besoin, le manque, la flamme de la vie qui brusquement, fébrilement
reprend vigueur et doit sortir, risquer à nouveau sa peau amollie
par des mois d’enfermement dans la bulle grisâtre des songes
hivernaux. Avril, n’en déplaise aux amoureux des renaissances
victorieuses, des lendemains chantant, avril, c’est aussi le mois
des suicides, un record chaque année, celui du spleen et de la
fonte des glaces... Quand la glace pure et dure, de marbre insensible,
implacable fond, que fait elle ? Elle pleure la pauvrette et se répand
en larmes, sanglotant en torrent, charriant en boues noirâtres
et écumantes les vestiges de ses poses sublimes et élégantes,
perdant toute retenue, toute coolitude, toute froideur, elle se repent,
tentant de se reprendre, de rattraper son cours, son corps et son cœur
emballés, affolés, affamés de petits poissons et
de blancs moutons, de prairies bientôt vertes sous le riant soleil
et les rivages chaleureux du mois de mai où l’on fera ce
qu’il nous plait...si l'on va jusque là.
Mai : Enfin,
on y est. Rien à dire, à part cette série de concerts au Théatre Darius
Milhaud qui commence demain soir 02 mai et occulte tout le reste ; beaucoup
de répets et de concerts et plus de place pour grand chose d'autres ...
Les piles sont un peu HS en ce moment, la tension, l'attention mobilisées
par cette série d'action : concerts, jouer, chanter. Claudia me fait
bosser, coach...c'est cool, ça ressert les liens, des actions
communes...
Le 1° concert du 02 Mai s'est fait devant
4 personnes, c.a.d les 2 de la 1°partie Elke et Dominique, un ami à eux
qui voulait faire une
1°partie
et sa copine. Le franc succès ne fait pas partie de mon expérience jusqu'à
présent, plutôt la franche déception, et je me demande souvent quelles
conclusions je devrais en tirer ou plutot quand vais-je les tirer ? Quand
aurais-je le courage d'abandonner ce qui me parait être mon unique talent
et mon seul vrai désir ? Et puis il y a la crainte d'arrêter avant le
miracle... Une vie entière passée à caresser un rève, à poursuivre un
espoir qui toujours se refuse à moi, travailler, peaufiner, m'améliorer
pour...rien... Peut-être, probable...Ou non... Pas la réponse... Dans
le doute, s'abstenir ?? Toutes ces interrogations n'ont pas lieu d'être
maintenant que je suis dans l'action soutenue de cette série de
10 concerts. J'ai décidé de travailler plus précisément en enregistrant
les répets ce que je ne faisais pas avant, pour entendre les défauts,
surtout en ce qui concerne le chant, essayer de vraiment bien chanter,
plus de voix chevrotante, essayer d'être assuré, précis, plein, doux
et puissant en même temps. Je veux, je désire, je demande de chanter
bien, clair, plus de 2,5,10 secondes d'affilée. Bref... Ce lieu est sympa,
ça ne pue pas la bière, il y a un éclairage cool. Il n'y a qu'à faire
venir du monde... Please, mon Dieu... Perso, j'ai l'impression de faire
tout ce que je peux, peut-être n'est ce pas assez, ne puis je pas assez
? Comment savoir ? Il faut y aller pour voir.... Donc cette 1° soirée
était un peu cruelle mais pas tant que ça ; j'ai eu, j'aurais encore
peut-être l'occasion de me faire plus mal, je me dis que ça ne peut que
s'améliorer. La 1° partie était... n'en parlons pas. Il y a tant de
choses à apprendre, est-ce qu'une vie suffira ? Quelque morceaux étaient
réussis, pas assez en général pour faire un bon concert, trop d'interventions
entre les morceaux, trop de parasites, pas assez de concentration, d'attention,
d'intériorité, de charisme, c'est comme s'il fallait émettre des ondes,
donc d'abord les génèrer, et pour cela, me rassembler...
2° concert
du
09 Mai : Nettement mieux, plus de monde donc
d'ambiance, meilleur son... Sentiment que ça peut progresser, s'améliorer...
Le
fait d'enregistrer systématiquement chaque repet, chaque concert permet de
voir
en détail ce qui va et ne va pas dans le son, les effets, la voix, la guitare
et j'ai l'impression que c'est ce qui me fait défaut depuis longtemps la précision,
la rigueur dans l'interprétation. Je désire trouver une constance, une précision
dans ce qui est émis, transmis, une accointance, une adéquation entre le support,
la chanson et celui qui la supporte, moi-même, je désire coller à la chanson,
la servir et c'est justement ce que je ne sais pas faire, avoir une vue d'ensemble,
respirer et me laisser porter, me couler dans le moule, dans le flot et écouter
ce qui se passe plutot que d'essayer de courir après une sensation. Il m'arrive
parfois d'entendre ce que je joue, ce que je chante, alors que ça se déroule,
alors que je suis entrain de le faire et cette sensation très rare de pouvoir
regarder, écouter, observer tout en faisant doit être favorisée car elle permet
une détente, la possibilité de s'abstraire et de controler un peu mieux l'effet,
le rendu, l'interprétation... Je me répète et dis des choses peut-être évidentes,
mais c'est le travail que je vais tenter de faire dans ces 2 mois.
3° concert
du 16
Mai : Un truc évident,
c'est la nécessité de me mettre à l'abri
avant
le début du concert, trouver un endroit tranquille pour me chauffer
les doigts,
la voix, ne pas arriver sur scêne avec un bout de bois dans les mains,
et ça
ne ressemble pas à une guitare, ou alors je ne sais pas en jouer, et
cette voix qui ne veut pas chanter, et la tête qui part dans tout les
sens, celle-là,
il
est difficile de l'arréter, la dompter, c'est ce qui est le plus dur
en fait,
la concentration, l'attention focalisée, sur ce qui est à l'instant
im-mé-diat,
L'INSTANT IM-ME-DIAT... Mon Dieu, arrivé à cela, et pas que pour
5 secondes,
peut-être cette possibilité ne m'est pas offerte, pas dans cette
vie, avec ce
cerveau, usé par les drogues, les pensées parasites, les obsessions
et les moustiques de couleurs qui tournent leur folle sarabande en se cognant
aux parois de mon
cerveau. Là, les prières ne sont pas très utiles, pas
sans être
soutenues par
des actions précises. Désir de controlé l'humeur, l'état
pour faire sortir le meilleur, l'essentiel. Pourquoi les artistes ont-ils si
souvent recours aux drogues
?
Pour
fixer
l'attention, pour arriver quelquepart, trouver son chemin, pouvoir être
emmener,
s'y emmener soi-même ...Sommaire...
3° trimestre 2006
20 Août 2006 :
Cher journal : (Anne Franck... grincements de dents) Ça fait quelques
lustres
que je veux reprendre le cours, le fil. Entre-temps,
il s'est passé beaucoup de choses, de jours, de mois, de saisons même
; il y
a
eu le printemps finissant en hiver avant de glisser brutalement dans la canicule
qui a emportée ma mère ; il y a eu la coupe du monde que
nous
aurions du perdre,
puis gagnée et puis perdue et c' était tellement français
: On va perdre, on
est nul, ils sont nuls, on se réveille, ça va mieux, on est bon,
on va gagner,
on
gagne, on a ga...perdu ! on aurait jamais du perdre, ils sont nuls, on est nul,
on a pas perdu, mais on a perdu, on préfère avoir perdu comme on
a perdu que
gagné comme ils ont gagné, on a gagné d' avoir perdu, on
est des héros, on a
perdu
et ça nous a remis sur des rails bref avant d'entammer cette guerre libanaise
stupide qui nous tire un peu plus vers un conflit généralisé,
et qui appuiera
le 1° sur le bouton rouge pour un lent twist sous les bombes, même
si cette vision de lent twist, de slow jerk (who is the jerk ?) permet de romantiser
un peu
la chose avant de sombrer. J'AI QUAND MEME L'IMPRESSION QUE LES ACCALMIES SONT
DE
PLUS EN PLUS BREVES....Donc nous sommes partis en vacances, ça n' en finissait
pas d' arriver et c' est déjà fini !!!
Avant
ça il y a eu la fin de ces concerts :
J' ai bien cru début juin que j' allais arrêter avant la fin, trop
peu de monde,
trop
d' énergie dépenser pour trop peu de retour. C'était
en train de s'amèliorer
lentement, subrepticement et pour tout dire c'était lourd et peu glorieux
;
les
dates passaient,
les gens venaient peu, les remises en questions continuaient de saper le moral
sans déboucher sur aucune décision bien sûr, et je continuais
obstinément, buté-ment, bêtement peut-être ou vaillamment
allez-savoir, bref, je continuais, tel le chien refusant de lâcher son
os, comme toujours, Claudia était à mes cotés, accompagnait,
son et lumière, subissait peu-être
un peu, je ne sais pas ; les dates passaient, juin, fête de la zique,
coupe du monde, et... sur les trois dernières dates, les gens sont venus
bizarrement pendant la coupe du monde et au fur et à mesure que la salle
se remplissait, se réchauffait, les efforts arides de répétitions
et de concerts devant personne étaient remplacés par une forme
de libération, de plaisir ; je crois
que je m' en foutais un peu plus, moins crispé, plus détendu,
le cuir un peu tanné par les aléas, un son correct, la voix sortait,
l'assurance en plus, quelque chose de délié enfin, bref du plaisir,
une salle plus réactive, de bonnes photos de Hugo, quelques enregistrements
corrects et juste pouvoir me situer un peu, avoir une vision relativement objective
même si elle est passagère de là où j'en suis aujourd'hui,
pour pouvoir peut-être
passer à autre chose, me dire que je l' ai fait et que j'y ai pris plaisir
parfois, que ces efforts en valaient la peine, ces chansons aussi, que j' ai
été au bout. Mais j' écris cela aujourd'hui et ne ressens
déjà plus grand chose
de ce sentiment d' accomplissement qui a peut-être fugacement existé début
juillet, à la fin de ces concerts, et l' assurance ou la confiance que
j' ai pu en retirer semble s' être évanouie, tout ça parceque
j' écoute ma tête plutôt
que de laisser courir mes mains sur la guitare et ma voix sur la mélodie.
So frenchie...
Et puis on a fini par partir en vacances,
après quelques enregistrements de mes "nouvelles" chansons
en solo, quelques répétitions en groupe en vue de réaliser
un 3° album de jpf.
Parti en vacances le samedi
22 juillet,
accompagnant ma mère en TGV à Hyères les Palmiers pour
2 semaines en famille, Claudia, Colette, les enfants, ma soeur et son mari
Daniel. Et ma maman chérie
a "décider" de mourir au bout d' une semaine le 28 juillet,
dans son sommeil, son corps, son coeur, ont "décidés" qu
'ils préféraient lâcher la rampe et ne plus soutenir cet
esprit brumeux, "écliptique"
qui semblait la caractériser depuis bien longtemps ; où était-elle,
que ressentait-elle les heures, jours, années précédentes
? Elle semblait tourner son esprit comme
un phare hésitant, éclairant tour à tour, la lande où les
esprits demeurent, la mer où les souvenirs s'étendent, la terre
ou nos corps se démènent,
s' éveillant souvent
du songe des sourds, la lumière faiblissant subrepticement, dans ces
nombreux upside-down que nous lui connaissions, jusqu'à s' évanouir
totalement à l'
horizon, me donnant l' impression que c'est moi qui m' éloigne et elle
qui reste assise
sur son fauteuil. Et aujourd'hui, je ne sais pas ce que je ressens, ni ce que
je
dois
écrire ou pas, je sens le vide, la disparition, j'entrevois l' idée
que je ne la reverrais plus et que je suis "un grand " maintenant, à la
place d' un homme,
mais tout emprunt de son esprit, comme habité par son vide, son absence
de mémoire trompeuse qui rejoint ma propre vacuité, cette fatigue
et ce manque d'entrain qui m'attirent comme un aimant, la dépression,
la vie au lit, ce que l'on lit et qu'on oublie, ce que l'on pense sans rien
faire, la névralgie,
la recherche du plaisir et de l'oubli et s'oublier, et oublier cela aussi.
J'ai des tas de souvenirs de ma mère, tout une vie de souvenir, et ce
qu'il reste, c'est que je lui tenais la main et qu'elle m'écrivait tout
les jours quand j'étais enfant en colo et que je détestais y
aller. Alors elle était
là sans y être et elle était parfaite dans ces quelques
mots doux.





07 Septembre 2006 : J'enregistre
de nouveaux titres, voila qui est passionnant à raconter sur un site
de musicien, le boulanger nous apprendra qu' il a acheté un nouveau
four, qu' il y a mis une nouvelle fournée, des bâtards s' il vous
plait, au levain malté
par exemple, saveur exceptionnelle... Plutôt envie de parler des gens
avec qui je travaille en ce moment, qui me font cet honneur, toujours
surpris que je suis de trouver des gens pour m' accorder un quelconque crédit,
misérable
cloporte
que
je suis, et pourtant j' en rêve bien sûr, monter un groupe,
entendre mes chansons sonner un peu plus big... Cette fois-çi, nous
sommes cinq " F5t ",
j' adore, dépassé le trio, (argh... jamais plus de trois, c'est
ingérable, leadership
trop lourd, peur...!!! ) Pour l'instant, ça se passe bien, nous avons
une dead-line, le 19/09, tout le monde est donc concentré, focus.
Après
? Alors là, c'est
une autre paire de manche, comment garder une équipe en vie ? Comment
garder l'envie, créer du mouvement ? Les gens sont volatiles, d'autres
projets, d'autres mouvements, de nouveaux horizons, neufs, inconnus, à défricher,
déchiffrer...
Une fois que c'est connu, ça ronronne, il faut de l'excitation, du
buzz, du move... Et comment générer cela s.v.p ? Comment motiver
les troupes ? Management et herbe à chat ? Comment plaire ? je n'en
sais foutrement rien... Rien d'autre
à faire que tacher de m'activer, prospecter, trouver et générer
de l'action, et putain que je déteste ça. je peux me dire que
je me le dois, que je le leurs dois, aux chansons, aux gens qui s'investissent,
mais est-ce que cette conscience
suffit à me faire bouger ??? Non non non, le savoir n'est pas assez,
il faut aussi et surtout le courage, l'envie d'agir, pas seulement la conscience
de
la nécessité, mais l'impérieuse envie qui va
bouger le bonhomme, le faire sortir du bois. Il ne suffira pas de l'écrire
ici... Mais surtout, je ne sais pas par quel bout commencer, où aller,
que faire, vers qui ou quoi me tourner. Putain d'impuissant, vélléitaire,
indécis et hésitant, mais merde, tu as une famille
maintenant, euh un groupe je veux dire, sois adulte !!!. Enfin c'est just
for today comme on dit par ici.
Donc, je voulais parler de ces gens, collaborateurs : Stéphane Lucido, ce
mec à quelquechose, il porte un truc, le sien, c'est ce groupe "Lucidco" trio
émo-core,
encore une appellation insensée pour moi. Alexandre Zaré, guitariste-paysagiste-bruitiste,
(je n'avais jusqu'à présent pas trouver de guytarist avec qui trouver un terrain
d'entente) C'est le 2° membre du trio Lucido, il a lui un nom d'agent double,
Stéphane serait plutôt dans un roman de k.Dick ( ce lundi soir, se réveillant
d'un narcoma suite à l'absorption répétée tout l'a.m de cristaux rouge d'Andromède
Delta 6, Stéph.
Lucido découvrit dans son frigo vide une petite bouteille métallique, sur l'étiquette
de laquelle était inscrit "Plasma Zorg XZ 2026... ) Il ya aussi
Nicolas, batteur-scientifique, cultivé comme c'est pas croyable et Philippe
Létang, bassiste de son état, qui semble vouloir attaquer la note sévèrement
En tout cas, voici un texte de Lucido, puissant
comme nous aimerions l'être.
Personne n'est dupe
Un autre jour à inventer
dans la peau du quotidien,
Un autre jour à balancer du pied dans la gueule du chien
Un autre jour à oublier, la fin simplifie les moyens
Traverser la vie en fraude, cracher dans ses mains.
Personne n'est dupe, et c'est bien
Courbe la nuque et lèche ma main.
J'ai poussé sur le goudron,
j'ai vu s'affaisser les ponts,
J'ai entendu les cris exploser, la colère se mutiler,
Des avions à nos pieds, ma tête a tout filmé,
Je bois mon cœur pour oublier, un autre jour à avaler.
On
n'est pas mort, on nous a juste enterrés,
Personne ne peut parler la langue des blessés
Dans l'antre du quotidien,
les paresseux sont des saints,
Travailleurs, travailleuses du labeur, je veux dire que je vote la
fin,
La lutte continue, mais c'est pas toi qui va m'apprendre à marcher,
Je n'attends plus en vain, c'est moi la seule promesse à laquelle
je tiens.
Personne n'est dupe, et c'est bien
Courbe la nuque et lèche ma main.
...Sommaire...
4° trimestre 2006
02 octobre
2006 : Hier, dimanche 01/10, j'ai
eu x8 ans, le genre de truc dont il vaut mieux ne pas parler. J'ai
eu des
cadeaux ( 2 vestes, chemise, pantalon ), on a été au
resto avec les enfants, au Nioulaville à Belleville, big resto
chinois où des serveuses
passent entre les tables proposées des vapeurs, beignets sur
des chariots roulants ; grands aquariums avec de gros brochets, homards
et crabes vivants, salle assez gigantesque. Les enfants et Claudia
s'étaient cassés pour m'offrir une soirée sympa,
plus tard, je pensais
à la résolution d'être moins égocentrique,
moins coléreux, moins dérangé,
impatient, irritable, je souhaite cela, est-ce suffisant de souhaiter
? J'ai enregistré récemment 6 titres avec un groupe,
nous étions un
quintet, ça sonne pas mal, mais c'est le milieu du guet, beaucoup
d'édit
à faire, d'autres guitares, les voix surtout que j'ai peur de
rater, je commence à me bourrer le mou avec ça, plutôt
que de me dire : "ai confiance, tu peux le faire", je sais
que je peux bien chanter, ah merde, je sais que ça va aller
au fond, pourquoi ramener le doute ? Vieille habitude destructrice,
se mettre la pression inutilement
alors que ce qu'il y a à faire c'est de me préparer,
chanter, réviser,
jouer, chauffer la machine. Je me retrouve en studio avec une équipe,
mes chansons et ce rôle de leadership qui pose toujours problème,
enfin qui fait surtout peur à vrai dire : "The problem
is you..." disait
une vieille scie punk des Pistols, tu m'étonnes Charles ; le
mec veut jouer à l'artiste, lead-singer, guitariste, auteur-compos...
Faut assurer mec et assumer le truc, peut-être aurait il fallut
y penser avant, mais c'est pas mon style de penser, en tout cas pas
de cette manière
là - stratégies et rélexions - tout à l'affect
plutôt - spontanéité
et désordre - et essayer de faire le tri là dedans, survivre
et sauver les meubles, dépenser 2 x plus d'énergie pour
arriver à un semblant
de résultat car à construire sur du sable, sans plan établi,
la baraque est toute branlante et les volets sont disjoints, alors
il faut étayer,
tacher de consolider l'affaire, comme on peut. Bonsoir....
28 novembre : Réécoutant
cette émission
que je fis jeudi 23/11 sur Radio Plus à Etampes http://www.radio-plus.fr/podcastt'chat.html //
http://www.radio-plus.fr ;
plutôt content de ma programmation, émission sympa, animateur
easy, cool. C'est si vite passé 2 heures, envie d'en faire plus,
plus souvent, et mieux, encore donc !!! encore des frissons, ce qui
manque en ce
moment, des frissons, toujours et plus encore. En ce moment d'attente,
quand il y a peu d'action et que je pense en vouloir plus ( et s'il
y en avait plus : stress... ) donc l'insatisfait chronique s'exprime
et qu'en a-t-on à foutre ? Je vois cette collection d'outils à ma
disposition ; avec le temps, ça commence à faire pas
mal, tout ces attributs numériques
qui permettent de "communiquer", de "créer",
l'appareil photo, le site pour y mettre ces photos bricolées
sur photoshop, ces pensées, ces
chansons enregistrées sur le portable à la volée,
la page myspace pour s'y faire "de nouveaux amis" et le sentiment
de vacuité, de vanité,
la paresse et la fatigue, détresse quotidienne de se sentir
noyé
dans la masse ou dans un verre d'eau, dans la baignoire ou dans la
bouteille, tout ce qu'il ne faut ni dire, ni ressentir, j'te mett'rais
ça en camp de rééducation moi...
01 décembre : Le
nouveau disque de Pascale Jeanne Morisseau " T'es
ma Branche" disponible sur http://www.pascalejeannemorisseau.com est
une réussite. Il semble que Pascale remporte
ce pari fou qui est le sien depuis un moment déjà : parler
dans sa musique de choses belles et mystiques avec emphase et
sans ironie, sans ennuyer l'auditeur, ce n'est pas évident ça
! Elle a trouvé le registre et la voix qui conviennent, les
arrangements de Christophe et Eric sont souvent magnifiques, les choeurs
et lignes de voix qui sous-tendent certaines chansons, l'utilisation
du sax comme un genre de trompe tibétaine, le violoncelle sur
fond de guitares tordues et saturées, ses textes culculs, amoureux,
optimistes et béats, (exactes pendants aux miens déprimés
et sombres). Tout cela réunit dans une alchimie délicate
et puissante frolant parfois le ridicule sans jamais y sombrer...
15 décembre : Noël approche, c'est ennuyeux, emmerdant
même ; en ce moment, j'ai envie de ne faire de cadeaux qu'à moi-même.
J'ai parfois l'impression qu'essayer de me connecter au genre humain
est aussi simple que de mettre une pièce carré dans un
trou rond. Aussi mal cela soit-il formulé, ce n'en
est pas moins une sensation prégnante. Il m'arrive parfois d'écrire
bien mais pas ce soir semble-t-il. La grande nouvelle du moment, c'est
quand même la double page de Georges "Delaney Blue", le Pure Betzoun
himself, mon héros forever dans Rock&Folk et son album accueilli
comme il se doit, car il est magnifique. Et
donc, ce gars que je connais depuis toujours (25 ans quand même...)
arrive là, quelquepart, just for now, et ça me fait hyper plaisir de
voir
qquechose de Juste arrivé, qquechose d'inévitable à mon sens, et je
n'me sens pas jaloux pour maintenant mais plutôt fier, carrément. Tant
mieux. L'autre truc, c'est de pouvoir découvrir des gens talentueux
sur Myspace ( Nancy Wallace, Mick Hart... Que des folkeux, David Poe,
Fred Goddard, Piers Faccini ect...) Le dernièr truc cool, c'est de
pouvoir acheter du matos. Ombre au tableau, jen'ai plus en ce moment
aucun espoir pour mon travail de jeanpaul EFFE, ni aucun désir de faire
un quelconque effort pour ma promo, trouver des concerts ect... Tout
ça me fatigue, me parait vain et sans avenir. Ca changera peut-être,
mon talent potentiel me parait actuellement doutable ou douteyant et
pourtant, j'ai toujours envie d'écrire, d'enregistrer, de chanter,
de jouer. J'aurais même envie de faire des concerts si les conditions
n'étaient pas aussi minables et "unsuccessfull" Adieu
Monde Cruel ! Je te laisse avec Patrick Bruel !! snif !!!...
WEEK-END AMOUREUX
Nous étions partis tous les deux pour en court voyage amoureux vers les plages du nord.
Contemplant silencieusement l’océan solitaire, brumeux, désert de sanglots mouvants sous la lumière blafarde de cette fin d’automne, les informes étendues de dunes vagues, l’espace infini où les yeux peinaient à trouver un repère nous nous enfermâmes chacun de notre coté, isolé dans une solitude inquiète, guettant du coin de l’œil le regard de l’autre et plongeâmes progressivement dans un sentiment de vague à l’âme - plus ou moins nauséeux pour ma part, à cause du repas de fruits de mer dans le restaurant vide et cher au magnifique panorama où nous avions déjeuné ce midi
Sous l’apparente complicité intime et romantique de ce week-end amoureux, je commençais à éprouver la sensation oppressante de me précipiter seul dans l’infini désert, laissant au loin ma compagne du moment.
Nous nous retrouvâmes un instant à danser un ballet maladroit autour d’un réverbère du parking proche ; nos regards anxieux se croisant soudain, nous éclatâmes d’un rire sonore faussement joyeux. Elle me demanda : « Que fait-on maintenant, as-tu faim ? » Je répondis « oui » en pensant le contraire et nous reprîmes notre promenade éprouvant une lourdeur triste bien éloignée de notre espoir de vacance légère, brève et régénérante.
LE VOYAGE D'ULYSSE
Ulysse est parti jouer au foot une journée à Auxerre. A 7 ans, c’est un bon footballeur. Sa mère qui doit l’accompagner vit cela comme une contrainte bien sûr, mais l’enfant est passionné et plutôt doué, il faut donc l’encourager, le pousser. Ulysse est le fils de nos voisins du 3° étage, il descend souvent chez nous, nos deux fils montent souvent chez lui. Ils sont proches littéralement, grandissent parallèlement et se croisent chaque jour, à l’école, dans l’immeuble. Au foot aussi que mes enfants pratiquaient l’année dernière dans le même club des Lilas avec Ilian, le petit gars du 4°. Toute cette petite troupe partait le mercredi après-midi, équipe des Poussins. Et puis mes enfants ont décidé de changer de sport cette année, ils font du kung fu maintenant le mercredi. Thomas mon fils aîné n’était pas très doué pour le collectif imposé par le foot, il ne voulait faire que goal, se faisait souvent engueuler par Ulysse qui courait partout, se démenant comme un beau diable, marquait des buts alors que Tom les encaissait, pleurnichait, rêvassait. Donc cette année, rupture d’activité commune pour les copains et les personnalités s’affirmant avec l’age, la communauté se disperse par moments. Il reste encore pas mal de jeux communs, les cartes Pokémon, les bagarres, cabanes dans la chambre, histoires d’enfants perdus inventées et dirigées la plupart du temps par Thomas qui veut toujours être le chef.
Jusqu’à l’année dernière, il était beaucoup question de bandes, et qui était avec qui, qui était le chef etc… Petit à petit, les groupes se distendent, éclatent, évoluent, se recomposent. De nouveaux copains arrivent, d’anciens disparaissent, et les parents assistent du coin de l’œil, se tenant informé avec un délai suffisant à l’installation confortable du fossé générationnel. Moi, au milieu de toutes ces animations, je pourrais parfois me sentir comme un Zeus absent, colérique, qui, possédant la foudre, peut parfois stopper l’activité hurlante de ces jeunes garçons plein d’ardeur, de cris, mais fondamentalement, j’ignore leurs jeux, éloigné par essence, cette distance qu’impose l’age…
Je ne connais rien au foot, ça ne m’a jamais intéressé, en aucune façon ; ni aux Pokémon, Dragon Ball, Yugiho etc… Il s’agit du monde des enfants, leur île. Je n’ai pas cherché à y accéder, même si passagèrement, il m’arrive de tenter une incursion pour rapidement comprendre que j’ai un retard irrattrapable. Claudia, leur maman est plus sage, elle encourage ses enfants, s’intéresse volontiers au foot comme aux Pokémon et parvient mieux à suivre leurs trips pendant que je regarde ailleurs.
Quand Ulysse est parti en voyage pour la journée à Auxerre, nous savions qu’il reviendrait le soir, c’était prévu, balisé, sans risque, mais qu’allait-il vivre là-bas ? Il a marqué plein de buts en tout cas et est revenu marqué d’un certain prestige tout de même auquel moi-même, père ignorant de ce noble sport, je n’étais pas complètement indifférent. Benoît surtout, mon deuxième fils, le plus proche d’Ulysse, le plus doué en foot aussi qui du coup veut se réinscrire au club l’année prochaine. Donc, ce petit gars Ulysse avait réussi son voyage, triomphé de l’adversité puis il était rentré chez lui seul et subtilement transformé par cette péripétie qui parmi d’autres le ferait passer lentement du stade de petit garçon timide et pataud à celui de grand gars ramenard et retors
Depuis son retour, j’ai remarqué quelque chose qui existait déjà certainement auparavant mais à quoi je ne prêtais pas trop attention. Quand Ulysse sonne chez nous, si c’est moi qui ouvre la porte, il entre sans m’adresser la parole, ni dire bonjour. Il va falloir lui expliquer qu’aussi talentueux et héroïque soit-il, il doit, lorsqu’il me voit, me dire bonjour, car je l’ai, dans une petite proportion, un peu élevé et le connais depuis quelques années maintenant. Que se passe-t-il dans sa tête ? Est-il timide, mal élevé, négligent ? Peut-être je lui fais un peu peur ? Pourtant, chez nous, il est en terrain connu, nous faisons d’une certaine manière, partie de sa famille, la famille de l’immeuble, les enfants des étages 2,3,4 comme des sortes de cousins. Récemment, j’ai décidé de gronder…. Benoît qui a entendu mon mécontentement lui a répété ce que je disais : « Ulysse, il faut dire bonjour à Jean-Paul quand tu viens chez moi …» Alors, Ulysse a dit bonjour, un peu forcé, un peu gêné et je n’ai pas su ce qu’il pensait vraiment de moi. D’ailleurs, que pourrai-il penser ? Ce n’est pas moi qu’il vient voir mais ses copains et je suis là comme sont les adultes bien souvent, un objet familier, un animal étrange, un genre de cyclope qu’il faudrait séduire, ensorceler ou contourner, afin de pouvoir entrer, repartir, s’échapper, revenir au gré des désirs, envies, projets, voyages et jeux qui font partie de ce monde parallèle de l’enfance à la porte duquel nous frappons si souvent, faisant brutalement irruption pour l’interrompre.
LAST EXIT TO MONTPARNASSE
Habitais-je déjà Paris de manière permanente à cette époque ? Je ne me souviens pas bien de cette période précise ; il devait s’agir d’un passage indéterminé entre la fin de la terminale, l’été donc et l’automne, l’hiver suivants ; un de ces innombrables moments de ma vie, où je n’avais rien décidé d'un avenir qu’il m’a toujours été impossible de choisir. J’étais donc en transit sur le lit pliant du petit séjour de ce vieil appartement où ma grand-mère, mon oncle, ma tante, ma sœur avaient habité auparavant. Ma tante Yvonne, vieille institutrice originale que je voyais rarement occupait alors la grande chambre de ce deux pièces, elle avait laissé à ma sœur puis à moi par la suite l'usage de l'étroit salon avec le petit lit dans l’angle près de la fenêtre, la petite cuisine sombre séparée par un rideau et lla vue sur les toits de zinc colonisés par des hordes de pigeons s’envolant soudainement pour d’obscures raisons, l’escalier de secours rouillé du vieux cinéma du rez-de-chaussée (deux films de karaté pour cinq francs). Derrière la tête du lit, il y avait une porte à mi-hauteur, à peine visible dans le mur, ouvrant sur trois étagères où étaient rangés quelques livres qui furent parmi les plus importants de ma vie, romans initiatiques de ces époques où les recherches d'identités me servaient de moteurs et de carburants.
Particulièrement, j’y trouvais les deux premiers bouquins d’Hubert Selby Jr : « Last exit to Brooklyn » et « La geôle » Si je n’ai pas oublié la couverture de celui-ci, noire et verte figurant les barreaux d’une cellule, édition Plon, je ne me souviens plus du tout de celle du premier : « Last exit… » Recueil de nouvelles toutes plus sombres les unes que les autres qui traçaient à coup de bistouri, d’un regard précis mais empathiques les affres existentiels sordides d’une population de perdants de Brooklyn – New York. Il y avait la première nouvelle, l’histoire de Taratata, jeune poule qui montrait ses seins aux marins dans les cafés pour un dollar ou un verre de bière et finissait raide bourrée, à demi inconsciente, allongée à l’arrière d’une épave dans un terrain vague, alors que tout le bar lui passait dessus…. Ensuite, diverses histoires de personnages, tous plus ou moins prénommés Harry ; l’un piquet de grève appointé par le syndicat, passait ses journées dans le local à la porte de l’usine, payant des coups à boire aux jeunes branleurs du quartier en tentant de se faire accepter ; il découvrait avec horreur son homosexualité latente, était terrifié à l’idée du moindre contact nocturne avec sa femme. Une autre nouvelle mettait en scène un travelo sensible, qui vivant des nuits de perpétuelles fêtes amphétaminées devenait doucement cinglé, perdant la face devant ses amis, Johnnys demi-macs qui de toutes façons le méprisait déjà. Tout un lot de sujets perdus dans leurs illusions faibles, leurs violences aveugles, vides, cherchant un peu de chaleur tels des crabes borgnes qui n’avaient comme traits communs que leurs peurs, leurs solitudes …
Je me nourrissais de ces frissons sordides, crus, cruels. J'y trouvais enfin la résonance sombre que j'avais fini par appréhendé, la confirmation d'une réalité qui m'était apparu entre 1975 et 1977 quand la perte de mes illusions babas m' avait ouvert les yeux sur l' univers qui m'entourait, brisant l'illusion psychédélique, révélant enfin ce que notre rêve était vraiment : Une fuite sans plan de route, une alternative molle à l'impossible révolution, une tentative vaine d'échapper à notre monde tel qu'il avait toujours été, écrasant, dévorant, somnambule. Hubert Selby me disait cela d'une voix claire bien que tremblante et dévasté, la voix d'un tubard qui avait passé de longs mois à l'hôpital, là où s'était forgée sa vocation. Il me disait : Voila mon monde tel qu'il me semble et la plupart des êtres qui le peuplent, agités par la peur, le désir et l'envie de s'échapper, cloués sur des murs sales, dans des rues poussiéreuses ou les lits défoncés
UN DERNIER ETE 09/07/2008
Arrivant en milieu d'après-midi pour sa visite quotidienne, Pierre a longé le muret devant les bungalows écrasés par la chaleur d'août. Il a tenté de ne pas trop ralentir en approchant la terrasse où sa mère, assise, feuilletait distraitement Paris Match en jetant alternativement des regards à la plage en face, juste après la petite dune. Sa marinière rayée formait une harmonie de couleurs bleues et blanches avec la table, les fauteuils de jardin, le parasol, les volets, les murs. Elle a levé la tête, couronné de cette coupe de cheveux garçonne grise et blanche qu’il avait toujours connue, le visage joliment hâlé orné d'un sourire accueillant. Pierre s'est penché, l'a embrassée affectueusement.
- Tu vas bien, bien dormi ?
- Oh oui très bien !
- Dominique est passée, elle t'a ramenée des courses ?
- Oui a-t-elle répondu, semblant hésiter.
- Ta fille s'occupe bien de toi…
- Oh, ça j'ai de la chance avec mes enfants, vous êtes très gentils tous les deux…
Il a inspecté rapidement le frigo, crèmes au café, carottes râpées, steak tartare sous vide… Il imaginait sa sœur avec sa vivacité tourbillonnant assaillant leur mère de questions et remarques diverses - As-tu besoin de quelque chose ? As-tu bien dormi ? N'as-tu pas trop chaud ? A-t-on changé ta télé ? Et les voisins ? Ils ont l’air sympas…- Elle répondant oui, non, tout va bien, en souriant, l’air attentif. Sa fille est restée quelques dizaines de minutes sautant d'un sujet de conversation à l'autre, faisant les questions et les réponses, s'affairant dans le petit studio. Puis le silence, ponctué par les cris lointains des enfants sur la plage, les rumeurs de la mer, a repris place.
- Ça va bien, tu ne t'ennuies pas ?
- Oh non pas du tout, les journées passent très vite, j'ai de la visite et puis j'ai de quoi lire.
- Plus qu’une semaine.
- Déjà, ça passe tellement vite…
- Tu te plais ici ?
- Oh oui c'est très agréable, c'est parfait, je passe de très bonnes vacances a-t-elle répondu avec un entrain légèrement interrogatif.
- Tu dors bien, pas trop chaud ?
- Oh ça oui, je dors très bien.
Pourtant, elle ne faisait rien de ses journées, assise à l'ombre du parasol, semblant attendre patiemment leurs visites…
- Les enfants viendront peut-être plus tard avec Célia…
- Ils doivent bien s'amuser ici ?
- Oui je crois, ils cavalent partout…
- Hier, Blaise est venu me voir avec Célia, il est vraiment drôle, il voulait jouer avec ma canne, il nous a fait rire…
Ce séjour à la Capte sur la presqu'île de Giens face à la Méditerranée et à l'île de Porquerolles… Depuis plusieurs mois à chaque fois qu'il venait la voir elle en parlait mais plus récemment, le sujet avait disparu de la conversation. Finalement, la chaleur d'été et la fatigue aidant, il avait fallu l'obliger à venir. Une fois sur place, Dominique avait constaté qu'elle n'avait quasiment aucun vêtement de rechange.
Pierre a cherché des yeux le Télé 7 jours. Du temps de son père, quand il venait chaque semaine, il avait pris l'habitude d'y lire l'horoscope et quand il ne le trouvait pas, ça lui manquait. En juillet 90, au fond du trou, il avait lu : "Vous ferez cette semaine une rencontre décisive…" Ça avait été vrai. Il avait rencontré les groupes, plus tard, Célia, les enfants étaient arrivés. Sa vie avait progressivement changée de manière radicale après l’accident de son père.
ECRITURES PERDUES 01/10/2008
C’est une arrière-salle de café où tu écris. Tranquille après-midi baignée de soleil brumeux, trouées d’ombres lumineuses, rafales de mots vides. Assis derrière la vitre opaque qui sépare à mi-hauteur la salle du bar, tu suis par bribes les conversations lointaines du comptoir quasi-désert, t’immisces sans y prendre garde au milieu de réflexions éparses qui fournissent quelques mots, associations d’idées, angles étranges. Fixé dans un angle de la salle, en hauteur, un écran de télévision est relié à une caméra extérieure. Quand ton esprit cherche une phrase, une tournure, un développement, un souvenir, tu regardes par réflexe cet œil lointain, sans même noter la couleur de peau, de cheveux de qui se présente. Une tasse de café refroidie, posée sur la table l’encombre inutilement, prétexte oublié, rituel déclencheur. Tu es assis, penché, un peu tordu, ton esprit passe dans tes jambes. Ne sachant trop comment les mettre, tu les replies sous la chaise. Soudaine interruption : Toc-toc… Le facteur apporte un colis - on l’ouvre, une pluie de mots inattendus, une brève averse... Un apéro pour le postier !
Comme un oiseau planant au vent qui souffle sans obstacle sous le ciel clair de la longue plage déserte, l’écriture se déploie, coule ininterrompue, la course précipitée du stylo suit la pensée. Enveloppé amplement - un hanneton dans son cocon - tu projettes dans le vide le fil qui te suspend. Ainsi l’écriture se déroule. Elle a créé son point d’attache invisible et jamais ne retombe. Comme un oiseau filant dans la déchirure de la brume, portée toujours par le vent sans obstacle, la prose balance son long chorus free. Une frénésie de notes qui s’avalanchent, dévalent s’entrechoquant un chemin foisonnant de cymbales scintillantes puis plonge parmi les nénuphars et les lotus dans l’onde immobile d’un étang zen.
Plus tard, tu sillonnes le quartier, somnambule déambulation, cherchant à t’imprégner de sensations, dégager une émotion au-delà de pensées communes, confuses. Tu voudrais une essence, attends l’essentiel en te déplaçant à vitesse variable. Tu éprouves sous tes pieds la dureté du bitume, un quartier rénové autrefois familier, beaucoup plus délabré. Une pâtisserie d’Andalousie te transporte fugacement vers la pointe sud occidentale de l’Europe où les couleurs semblent plus vives. l’Andalousie, le Maroc, les terres touristiques où tu t’es promené, curieux, éreinté et béat. Et les plages de l’Atlantique, les longues plages formant une langue infinie de la Bretagne jusqu’à l’Afrique. Avance, marchant dans le sable, randonnée infinie bordée par l’écume des vagues déroulantes, croisant les dunes et les forêts, les falaises lointaines perdues dans le vent bourdonnant. Le regard plongé dans la mer sombre cherche les reflets de poissons scintillants, croise les surfeurs, les enfants étourdis par le ressac, suit les vendeurs de chichis, les marchands de glaces, les dépasse pour s’en aller plus loin vers l’horizon jusqu’au roc de Gibraltar, jusqu’au cap de Bonne-Espérance, perdu mais jamais égaré sur la ligne de côte. Elle mène du Nord au Sud, longe les continents dans l’éternel vacance de vacances éternelles, t’éloigne toujours plus des sombres eaux du nord, poursuivant le soleil en fuyant le froid gris de l’hiver immobile.
Sur le parking autoroutier d’une vallée de Maurienne, aussi perdu dans la journée neigeuse qu’un Jean Claude Romand imposteur assassin, un Zampanno dans la Strada… Déçu par les étoiles, sur ta route sans pause, avidement, vide ton assiette de mots pleine d’un unique fil, un spaghetti sans fin, une soupe chinoise. Tu déglutis l’aboiement d’un animal égaré dans le désert ténébreux d’un monde changeant, avançant guidé par la faible lumière d’une foi hésitante. Au Maroc, autrefois, tu dormais sur les plages sans abri, et tu ne pensais pas alors, un jour écrire ce souvenir. En hiver, dans une voiture, sur un parking venté, vide. Au-dedans il fait chaud, au-dehors il fait froid, c’est une plage de Charente, grise et froide comme les mers de Finlande. Tu te sens embrouillé, barbouillé, tentes de rassembler des idées galopantes, désolantes. Écrire malade, décrire la maladie, comme Cocteau dans Opium ; main tremblante, graphisme saccadé, torturé, raturé, déchiré, comme la plume à l’encre de chine sur le papier s’accroche. Les yeux larmoient, le nez coule, les douleurs et les spasmes, c’est la vie qui renait, le retour de la sève. Décrire ce qui se passe, ou décrire ceux qui passent, une même observation. Chercher la distance, le point de vue qui se dégage, te dégage et t’emmène en voyage ; loin de toi-même, tout près du cœur, là où tu veux demeurer, bien au chaud, à l’abri des remous et des isthmes d’un ventre trop vivant, trop gourmand - demandant - exigeant, sa part de solide - d’insolite. Tout le gras du jambon, avec les frites, et la friteuse entière…
" MAIS ALORS QU'EST-CE QUI S'EST PASSE ?" MARS 2008
- « Mais alors qu’est-ce qui s’est passé ? » Question reposée pour la xième fois, en promenant un regard étrange sur cet espace plutôt familier le séjour, l’appartement…. Richard réexpliques, tu écoutes, acquiesces…. Ah, d’accord !... Changeant de pièce, tu traverses, -téléportation impromptue- couloir, cuisine, chambre, salle de bain - à peine un regard sur la porte défoncée - La porte qu’avait cassée Richard, alors que tu étais écroulé au sol, inconscient, deux jours plus tôt, première O.D sérieuse. Revenant vers lui assis dans le séjour qui te regarde d’un air agacé, amusé, embêté, inquiet, curieux, las aussi, tu te plantes debout, tournes deux fois sur toi-même, comme à la recherche de quelque chose, un objet dont le souvenir t’échapperait, cherchant des yeux dans le vide de la pièce, tempes oppressées par la névralgie, alors que le cerveau tente de reprendre pied parmi les neurones effondrées, mortes : Un champ désolé après la bataille. Dévasté, comme l’appartement… Tu redemandes encore : « Mais alors, qu’est-ce qui s’est passé ? »
Il te ré explique : La porte de la salle de bain fermée, les coups donnés à la porte, toc toc-le doigt plié ; boum boum-le poing ; boum boum-l’épaule, la panique montante et toi la dedans, rien ! Pas de réponse ! La porte enfin enfoncée, le corps effondré au sol, le visage bleu gris s’assombrissant, le téléphone, les pompiers… Monsieur, il était moins une, il vous doit une fière chandelle ! Vous êtes un ami ? Oui, un voisin. Et tout ça raconté maintenant, encore et encore… Imaginé ou imprimé dans ton cerveau qui n’entend rien. … Aucun souvenir…
Depuis quand ? …Il y avait deux jours déjà. Et qu’avais-tu fait pendant ces deux jours ?
Comment étais-tu rentré chez toi ? Quand étais-tu sorti de l’hôpital Saint Louis ? Et combien de temps étais-tu resté ? Vertige, tentative de l’esprit pour reprendre le fil emmêlé, reprendre pied, trouver un appui. Est-il possible de n’en avoir aucun souvenir, aucun, aucun de ces deux jours disparus dans le trou noir de l’esprit faible, vacillant ? Ou deux jours et demi ?… Ils t’avaient laissés partir ? Et tu étais revenu tout seul ? Et les papiers à remplir ? Le chemin du retour ? Et le soir, la 1° nuit, la veille ? Toute la journée à arpenter l’appartement, à demander : « Mais alors, qu’est-ce qui s’est passé ? » Ca a commencé quand ? Quel jour était-on ? Quel jour est-on ? Mercredi soir ?
Oui, ça te revient maintenant… C’était Lundi, il devait être 13 ou 14 heures. Tu es rentré, a aperçu Anne assise dans le séjour. Vous vous tiriez une gueule noire, épaisse comme le cirage où votre relation a sombré. Tu t’és enfermé dans la salle de bain « conasse ! Que dalle pour toi !!!... » Assis sur les toilettes, préparer le matos, la veine, pschittt… » Et puis… Plus rien ! Trou noir !...
« Mais alors, qu’est-ce qui s’est passé ? » Étaient ils là Richard et Anne, tout ce temps, toutes ces minutes, ces heures ? Avais-tu mangé, dormi, posé la même question ? Avaient-ils raconté la même chose en boucle ? Apparemment oui, tu avais un peu mangé, dormi, ils t’avaient ré expliqué encore et encore.
Et tu avais regardé la télé ou par la fenêtre, tu étais resté assis à certains moments, puis avais arpenté la pièce, agité, moulinant l’air, comme présent mais absent, les bras ballants, brassant le vide, le vide de cette non vie, banale. Et l’accident…Normal…
Dans cet étrange moment -parenthèse de deux jours revécue encore et encore- à répéter inconscient comme un disque rayé le riff obsessionnel, comme un scratch, un rythme obsédant, cette question stupide, curieuse, prégnante: »Que s’est-il passé ? Que s’est-il passé ? Et les réponses ânonnées, répétées, ronronnées de Richard, en boucle, en circuit : »Que s’est-il passé ? Que s’est-il passé ? « Cela ne résonne-il pas dans la chambre d’écho de ton cerveau vide, lessivé, essoré comme la conclusion cuisante, puissante des années d’errance. Un paroxysme inepte, un point d’orgue, une résolution. Logique…
Sans le savoir certainement - attaquant somnambule de ta vie, la dernière ligne droite - au sommet d’un virage, tu t’avances vers la ligne d’arrivée. Au moment de plus grande torpeur, peut-être les yeux s’ouvrent-ils enfin comme agrandis d’une sorte d’horreur stupéfaite. Ces trois jours, que résumaient-ils ? Cette question, à quoi s’adressait-elle ?
Cette vie sauvée, par quel curieux hasard ? Richard… Le hasard…
Il restait ton ami d’ennui,
C’était ton ami des jours gris.
A lui, tu pouvais ne rien dire,
Et ça aurait pu être pire
Car il t’a déjà vu mourir…
LA VIE A TRAVERS SOI FEVRIER 2008
Vous vivez dans ce quartier du 19° arrondissement de Paris depuis bientôt 15 ans. Pensant à ce chiffre vous constatez avec toujours la même surprise que vous avez déjà dépensé les deux tiers de votre espérance de vie. Vous regardez en arrière et tentez comme un jeu de mémoire, d’esprit, de vous rappeler les différentes périodes traversées, jalonnées des différents logements que vous avez occupés. Dans une fourchette comprise entre la quasi pauvreté et une petite bourgeoisie confortable, vous avez vécu dans diverses habitations qu’un destin hasardeux vous a proposé.
Enfant, ce fut une étroite bâtisse de plain-pied, au milieu d’un grand terrain humide, dans un quartier de campagne s’amalgamant plus tard à la proche banlieue parisienne. Une maison que vos parents acquirent difficilement en 1958 à l’issue de la crise du logement, la décennie suivant la 2e guerre mondiale. Sur ce terrain, votre père construirait quelques années plus tard une maison d’un étage, ( une construction sur plan « Château Contigny » vous vous souvenez de ce nom ) que vous investirent l’année de vos 10 ans. Cet ouvrage fut sa réalisation, son œuvre, la concrétisation d’un rêve essentiel à la seconde moitié du XXe° siècle -l’accession à la propriété immobilière. Dans les décennies qui suivirent, vos parents n’eurent de cesse de conforter cet acquis, le valoriser, en vendant cette maison pour en acheter une autre, migrant à la retraite vers d’autres régions plus océaniques, plus au sud. D’abord, La Rochelle, puis Périgueux, puis revinrent en région Parisienne, pour finir par acquérir un petit appartement face à la mer vers Royan, Charentes-Maritimes.
De votre côté, vous n’eurent de cesse de déconstruire ce qu’ils avaient construit, de découdre leur ouvrage en quelque sorte. Habitant tour à tour une chambre dans le 14° chez votre tante institutrice, un meublé insalubre et frappé de péril dans le 20e, un HLM dans le 19e, une chambre de bonne dans le 7e, un studio aux Lilas. ; tout cela sans aucune volonté de pérennisation, d’installation ni de progrès réels. Votre vie prise dans un manège lent et accidenté où les habitats, les emplois semblaient autant de bornes hasardeuses jalonnant une piste sinueuse menant vers un but illusoire, toujours repoussé dans un brouillard lointain.
Lorsqu’il y a 15 ans, vous en vinrent au détour de méandres étranges par accoster de bonne grâce dans les bras de la femme qui devint votre épouse, vous revîntes vers le XIXe arrondissement de Paris comme mu par la logique d’un parcours dont la raison vous échappait totalement. C’était un peu comme si la géographie, l’histoire de votre vie se déroulaient de manières totalement indépendantes de votre volonté qui de toute façon, dans ces divers domaines ne s’exprimait pas ; comme si votre vie suivait son cours sans vous demander un avis déraisonnable qu’elle n’aurait pu ni voulu prendre en compte. Un peu comme si la raison primaire de votre instinct de survie aveugle l’emportait sur la déraison d’un esprit perdu et rêveur, errant dans sa propre vie comme au long d’une flânerie oiseuse.
Vous aviez croisé, au cours de ces pérégrinations déstructurées, des femmes en pantoufles et des gens sans abris ni avenir ; un rat perché sur fond de pleine lune, sur un barreau de l’étroite fenêtre près de l’évier où vous alliez pisser la nuit. Vous aviez vu des champignons derrière des machines à laver, des centaines de cafards se dispersant quand on allumait la lumière. Vous auriez pu mourir d’étouffement par le monoxyde de carbone ou agoniser dans une salle de bain victime d’overdose, si une copine, un ami quelconque n’était intervenu par hasard, appelant in extremis les pompiers.
Et tout cela, vous sembliez l’avoir traversé sans le voir vraiment, où alors à travers le prisme d’un regard bizarre, un peu fou en même temps qu’inhabité.